Acné

31 août 2012, par BEYLOT C.

1 - L’ACNÉ JUVÉNILE (Chosidow O, Dreno B. Acné. Des conseils pour votre quotidien. Dialogue Médecin-Malade. John Libbey Eurotext Ed 2003.)

L’acné est une maladie très fréquente chez les adolescents, puisque 80 % d’entre eux en sont plus ou moins atteints à cet âge, avec une majorité d’acnés légères et moyennes, et moins souvent une acné sévère. C’est donc presque un phénomène physiologique, normal à l’adolescence.

L’acné est une maladie chronique, contemporaine des modifications hormonales de l’adolescence et évoluant donc sur plusieurs années. Même avec un traitement bien adapté, on ne peut s’en débarrasser vite et définitivement comme le souhaiteraient les patients. Il est donc souvent nécessaire en fonction de l’évolution de faire plusieurs traitements successifs si, après amélioration par un premier traitement, surviennent de nouvelles poussées.

2 - QUEL EST LE MÉCANISME DE SURVENUE DE L’ACNÉ ?

L’acné survient en 3 étapes :

1 - Elle se déclenche au moment de la puberté, sous l’action de l’augmentation des hormones androgènes (les hormones masculines), qui existent évidemment dans le sexe masculin, mais aussi en moindre quantité chez la femme. Le plus souvent l’acné vient du fait que les glandes sébacées sont génétiquement trop sensibles à l’action des androgènes (et souvent, il existe en effet des antécédents familiaux d’acné, chez le père ou la mère et parfois les deux). Plus rarement chez la femme ces androgènes sont produits en quantité excessive par l’ovaire ou la glande surrénale, ou apportés par certains contraceptifs inadaptés. Dans tous les cas, sous l’influence des androgènes, les glandes sébacées vont sécréter trop de sébum : c’est la séborrhée.

2 - Puis surviennent des comédons (points noirs) et des microkystes (granulations blanches). Ils sont dus à la rétention du sébum produit en excès par une obstruction du follicule pilo-sébacé. Cette obstruction se situe au-dessous de la surface de la peau. Le patient acnéique ne peut donc les enlever lui-même, sous peine de les faire éclater dans le derme, produisant ainsi de nouvelles papulo-pustules. Certains produits d’action locale, surtout ceux qui contiennent de la vitamine A acide, peuvent aider à l’évacuation de ces comédons et microkystes. Sinon, c’est le dermatologue et non le patient ou une esthéticienne qui doit s’en charger si nécessaire, après avoir fait une micro-incision qui facilitera l’extraction des comédons et ne laissera aucune cicatrice.

3 - Enfin se forment des pustules ne résultent pas d’une infection mais de l’inflammation autour des comédons et des micro-kystes. Un germe anaérobie, le Propionibacterium Acnes, qui existe même chez les non acnéiques, prolifère trop dans ce follicule sébacé rétentionnel et c’est lui, on le sait, qui sécrète beaucoup de substances provoquant l’inflammation. Son rôle est donc avant tout inflammatoire plutôt qu’infectieux bien qu’il s’agisse d’un microbe. L’acné n’est pas une maladie infectieuse et ce n’est donc pas la peine, sauf cas exceptionnels, de multiplier les prélèvements bactériologiques inutiles à la recherche d’autres germes. Ces papulo-pustules ne doivent pas être excoriées, car cela risque de provoquer des croûtes inesthétiques, des rougeurs, des taches brunes et même de véritables cicatrices. 

3 - COMMENT TRAITER L’ACNÉ ?

3.1 -  ET D’ABORD, FAUT-IL LA TRAITER ?

Oui bien sûr, car avoir des boutons sur le visage est très désagréable pour l’adolescent qui en est atteint. Cela nuit à sa qualité de vie, ses relations sociales, amicales ou amoureuses, son estime de soi, à un âge où justement, il (ou encore plus elle) voudrait avoir un physique sans défaut.

De plus, certaines acnés, même relativement discrètes, peuvent laisser des cicatrices définitives qu’un traitement précoce et bien adapté aurait pu éviter. Les patients, leurs parents, leur médecin doivent se souvenir que les cicatrices, c’est pour la vie et que même les traitements les plus sophistiqués ne pourront que les atténuer, mais pas les effacer. Il ne faut donc pas négliger l’acné sous prétexte qu’elle est presque normale à l’adolescence et qu’elle disparaîtra à l’âge adulte et penser surtout à éviter les dégâts cicatriciels.

3.2 - QUELS TRAITEMENTS CHOISIR ET QUI DOIT LES PRESCRIRE ?

Le patient ne doit pas se contenter de produits dont il a vu la publicité à la télévision, qu’il a directement acheté en grande surface ou même conseillés par le pharmacien, sauf en cas d’acné très discrète, car il s’agit le plus souvent de cosmétiques de faible efficacité, souvent coûteux, et pas de véritables médicaments anti-acnéiques. Il est souhaitable qu’il consulte un médecin, son généraliste si celui-ci veut le prendre en charge pour cela, ou si possible un dermatologue qui connait bien l’acné et toutes les possibilités thérapeutiques.

3.3 - ON DISPOSE ACTUELLEMENT DE TRAITEMENTS ÉFFICACES

— Mais le traitement n’obtient pas des résultats instantanés. Il faut plusieurs semaines de persévérance avant d’en percevoir l’efficacité.

— La coopération du patient est indispensable pour la bonne réalisation et l’efficacité du traitement. Bien observer le traitement est essentiel pour sa réussite et pour cela, il faut que le patient en comprenne bien les objectifs et n’hésite pas à poser des questions à son médecin au cours de la première consultation ou du suivi.

— Il ne faut pas se laisser décourager par l’effet irritatif des médications locales. Ce n’est pas une réaction allergique nécessitant l’arrêt du traitement, mais il faudra simplement espacer la fréquence des applications pour faire disparaître cette irritation. Le médecin prescrira aussi une crème hydratante pour améliorer la tolérance.

— Les traitements locaux ne doivent pas seulement être appliqués sur les boutons, mais sur toutes les zones habituellement atteintes, même en l’absence de lésions, car leur objectif principal est d’éviter la survenue de nouveaux éléments.

— Les tétracyclines orales et le zinc sont bien tolérés, en dehors de quelques troubles digestifs mineurs. Certaines tétracyclines peuvent rendre le patient plus sensible au soleil et il faut signaler au médecin les projets de vacances et d’exposition solaire.

— L’isotrétinoïne orale (en pharmacie Contracné®, Curacné®, Isotrétinoïne Teva®, Procuta®) est un médicament puissant et très efficace, réservé aux acnés sévères et aux échecs des traitements précédents. Sa prescription nécessite toutefois des précautions et un suivi médical très régulier car il comporte un certain nombre d’effets indésirables. La peau et les muqueuses sont très asséchées et il faudra donc appliquer une crème hydratante, un stick labial protecteur, supprimer les lentilles de contact pendant tout le traitement (6 mois environ). Des douleurs musculaires et articulaires sont possibles, d’où incompatibilité avec le sport de haut niveau. Rarement à cet âge, il peut y avoir modification des lipides et du cholestérol sanguins et des transaminases hépatiques qui doivent être vérifiés avant et en cours de traitement. Et surtout, le produit est tératogène (risque de malformations fœtales si la jeune femme qui le prend est enceinte en cours de traitement). Chez la femme, sa prescription n’est possible que si les mesures contraceptives indispensables sont bien comprises et acceptées (mise en place de la contraception avant prescription, pendant toute la durée du traitement et un mois après, avec réalisation de contrôles réguliers du test de grossesse même sous contraception). Le pharmacien ne doit délivrer le produit que si ces conditions (vérifiables sur le carnet de suivi mensuel) sont remplies. Il faut être prudent aussi chez les acnéiques dépressifs et les suivre attentivement si l’on veut les traiter par isotrétinoïne, car ce médicament a été incriminé dans des états dépressifs et même des tentatives de suicide. Sa responsabilité reste cependant discutée car les états dépressifs sont plus fréquents chez les acnéiques que dans le reste de la population, en dehors de tout traitement par isotrétinoïne.

 — La contraception, chez une jeune femme acnéique, ne doit pas se faire avec n’importe quelle pilule, mais avec celles dont le progestatif n’est pas androgénique et ne risque pas d’aggraver son acné. Certaines pilules peuvent même être choisies car elles ont un léger effet anti-androgène qui peut améliorer l’acné. La majorité de ces pilules ne sont malheureusement pas remboursées par la Sécurité Sociale et sont assez chères. Quand il y a des troubles hormonaux plus marqués, un avis gynéco-endocrinologique sera demandé et un traitement anti-androgène puissant (acétate de cyprotérone ou spironolactone ) sera proposé.

3.4 - ET S’IL Y A DES CICATRICES, QUE FAIRE ? 

Effacer les cicatrices n’est pas facile et c’est bien pour cela qu’il faut faire un traitement précoce pour les éviter.

S’il y en a déjà, associées à une acné persistante, il faut d’abord limiter les dégâts et parvenir à maîtriser cette acné par un traitement énergique et bien adapté pour ne pas avoir encore d’autres cicatrices. Le recours au dermatologue est indispensable.

Quand l’acné est contrôlée et qu’il n’y a plus que des cicatrices, il faut s’adresser à un dermatologue ayant la pratique de la dermatologie chirurgicale et des lasers. Plusieurs traitements sont possibles et il faut souvent les combiner. La microchirurgie de l’acné permet par relèvement ou par microgreffes de remettre les cicatrices au niveau de la peau avoisinante quand elles sont très déprimées, certains peelings sur l’ensemble du visage ou limités aux cicatrices et surtout des séances de laser fractionné peuvent être proposés. Il faut que le patient soit très motivé pour entreprendre la correction des cicatrices d’acné, qui n’est jamais simple et demande souvent plusieurs temps opératoires. De plus certains de ces traitements ne sont pas pris en charge par l’Assurance Maladie et le dermatologue doit établir un plan de traitement, en accord avec le patient et lui remettre un devis.

4 - ABANDONNER LES IDÉES FAUSSES 

  • Sur les pratiques sexuelles, qui n’ont pas d’influence sur l’acné et oublier le fameux adage « l’acné, pas la peine de la traiter, elle disparaîtra avec le mariage ». Il y a juste une coïncidence de date, l’acné s’effaçant spontanément (mais pas toujours cependant) après 25 ans. La masturbation, fréquente chez l’adolescent qui découvre sa sexualité n’y est pour rien non plus et il ne faut pas qu’il se culpabilise pour cela.
  • Sur les régimes. Ce n’est pas la peine de se priver de chocolat, de charcuterie, de sucreries (à consommer avec modération quand même), de repas au fast food, car l’acné est très peu influencée par le régime qui doit être simplement normal et bien équilibré, sans excès glucidiques. Le lait et ses dérivés ont été récemment accusés de favoriser l’acné, mais les preuves sont pour l’instant insuffisantes.
  • Sur l’hygiène. Non, ce n’est pas parce que leur ado, surtout garçon, ne se lave pas assez au goût de ses parents qu’il a de l’acné. Des soins d’hygiène quotidiens sont conseillés, mais ils ne doivent pas être trop agressifs car contrairement aux idées reçues, la peau acnéique est fragile et irritable. On conseille donc, pour la toilette du visage, un savon doux ou un pain ou un gel sans savon, du lait de toilette pour les peaux les plus fragiles, ou encore, en pharmacie, les lignes de soin conçues pour les peaux grasses et l’acné. Une crème hydratante est utile le matin, surtout s’’il y a par ailleurs des traitements locaux anti-acnéiques irritants. Les savons trop détergents, acides et/ ou antiseptiques sont inefficaces et même nocifs et l’on voit trop d’adolescents au visage desséché par des soins trop zélés.
  • Et le maquillage ? il est souvent accusé d’aggraver l’acné. Mais la plupart des produits de marque sont testés non comédogènes et peuvent être utilisés dans l’acné, permettant de camoufler des boutons trop visibles. Il n’y a donc pas de raison d’interdire le maquillage, précédé de l’application d’une crème hydratante mais il faut que la jeune fille n’oublie pas de se démaquiller et que les traitements locaux de son acné prescrits par son médecin sont prioritaires (mais ceux-ci peuvent être appliqués le soir)
  • le soleil est une arme à double tranchant dans l’acné. Il améliore transitoirement les lésions inflammatoires, en particulier au niveau du dos, mais il renforce la rétention sébacée, favorisant ainsi les poussées en automne, surtout si le traitement de l’acné a été abandonné ou espacé à tort en été.
  • Le tabac aggrave-t-il l’acné ? Probablement pas chez l’adolescent, mais sûrement chez la femme adulte, avec des acnés comédoniennes et microkystiques.

5 - ACNE DE L’ADULTE

5.1 - CHEZ LA FEMME

L’acné est fréquente, puisque près de la moitié des femmes en sont atteintes. Le plus souvent, cette acné succède à une acné juvénile, plus rarement elle s’installe après 25 ans, alors que la patiente n’avait pas eu d’acné juvénile significative. L’acné est habituellement discrète, peu d’éléments, situés surtout à la partie inférieure du visage, plutôt inflammatoires que rétentionnels (papules et papulo-pustules, ou nodules plus profonds), mais parfois les éléments sont plus nombreux, excoriés et s’étendent dans le cou, dans la région sous maxillaire. On note parfois des troubles hormonaux et/ou une contraception trop androgénique.

Ces acnés, même discrètes, sont très mal supportées sur le plan psychologique, surtout chez celles qui sont professionnellement en contact avec le public et doivent avoir une peau impeccable.

Les traitements sont les mêmes que chez l’adolescent, mais avec quelques nuances dans leur utilisation : les traitements locaux sont souvent moins bien supportés par ces peaux moins jeunes et il faut souvent recourir à un traitement général : tétracyclines ou zinc, isotrétinoïne et assez fréquemment traitement hormonal anti-androgène, surtout s’il y a une atteinte s’étendant vers le cou. La suppression du tabac ou au moins sa diminution est recommandée chez les fumeuses.

5.2 - CHEZ L’HOMME

L’acné prédominant habituellement au niveau du dos, l’homme consulte moins que la femme. Mais le visage peut être atteint, avec de rares éléments sur une peau séborrhéique. C’est cependant chez l’homme que l’on voit des formes graves exceptionnelles comme l’acné conglobata, avec suppuration profonde, gros comédons multiporaux. L’isotrétinoïne orale est souvent nécessaire.

6 - LIENS UTILES

L’EADV (l’Académie Européenne de Dermatologie et Vénéréologie) a publié en 2019 des livrets d’information pour les patients créé par la EADV Acne Task Force (Groupe de Travail sur l’Acné de l’EADV). Ces livrets ont été traduits en français par Thérapeutique Dermatologique :

- Acné : Apparition, évolution et diagnostic

- Acné : Comment la traiter

 

sante-medecine.commentcamarche.net/acne-traitement-par-voie-locale-et-generale-afssaps

dermato-info.fr/Acne

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